La mammite, c’est LA pathologie n°1 en élevage laitier. Cette infection de la mamelle, d’origine bactérienne, touche plus de 40 % des vaches en production. Concrètement, c’est une vache sur deux qui en souffrira au moins une fois pendant sa lactation.
Et les conséquences sont loin d’être anodines : entre 230 et 250 € par vache et par an ! En cause ? Principalement les pertes de lait (70 %), les réformes précoces, le lait écarté, les traitements vétérinaires, et les pénalités sur la paie de lait.
Autant dire que la mise en place d’un protocole d’hygiène rigoureux avant, pendant et après la traite, est votre meilleure assurance santé pour le troupeau…et votre rentabilité.
Mais pas de panique, avec des bonnes pratiques ciblées en bâtiment, pendant la traite et dans l’entretien du matériel, vous pouvez prévenir efficacement ces infections.
On vous explique tout dans ce guide complet, avec des conseils concrets pour agir vite et bien 👇
Au sommaire de cet article :
PARTIE 1
1. Qu’est-ce qu’une mammite bovine ?
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Mammite clinique et subclinique : quelle différence ?
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Les mammites cliniques : symptômes, impact visible.
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Les mammites subcliniques : risque silencieux, contamination invisible.
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2. D'où viennent les mammites ? Mieux comprendre pour mieux prévenir
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Les mammites contagieuses (Origine interne) :
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Zoom sur Staphylococcus aureus : transmission, symptômes, résistance aux antibiotiques.
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Les mammites d'environnement (Origine externe) :
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Escherichia coli : contamination, symptômes, guérison.
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Streptococcus uberis : double origine, défis de gestion.
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Évolution des mammites avec les nouveaux systèmes de traite (robotisation, hygiénisation)
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1. Qu’est-ce qu’une mammite bovine ?
La mammite est une inflammation de la glande mammaire, le plus souvent causée par une infection bactérienne (comme Staphylococcus aureus, E. coli ou Streptococcus uberis). Cette infection se développe généralement lorsqu’un germe pénètre dans le trayon, souvent en raison d’une hygiène insuffisante ou d’un système immunitaire affaibli.
Chez les bovins, la mammite se présente sous la forme d’une augmentation du nombre de cellules somatiques dans le lait, signe d’une réaction de défense de l’organisme. Cette élévation dégrade la qualité du lait, modifie sa composition, et peut entraîner des pénalités financières à la collecte en raison de normes strictes imposées par les laiteries.
Selon sa gravité, la mammite peut être clinique ou subclinique :
Mammite clinique et subclinique : quelle différence ?
Toutes les mammites n'ont pas les mêmes signes, ni les mêmes conséquences visibles. On distingue deux grandes formes : la mammite clinique et la subclinique. Comprendre la différence vous permettra de mieux adapter les mesures de prévention et de suivi dans votre troupeau.
Les mammites cliniques : symptômes, impact visible.
C’est la forme d’infection la plus flagrante : le quartier est chaud, gonflé, douloureux, parfois rouge.
Le lait devient anormal (présence de grumeaux, caillots, changement de couleur). La vache peut aussi montrer une baisse d’appétit ou de la fièvre selon la gravité du cas.
Ce type de mammite est plus simple à repérer, mais pas toujours simple à maîtriser si plusieurs quartiers ou vaches sont touchés.
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(©rumexperts.vet)
Le coût d'une mammite clinique
Un cas de mammite clinique coûte en moyenne 250 €, mais peut atteindre jusqu'à 600 € dans les cas sévères.
Le lait écarté est le poste de coût principal (44%), les autres postes de coût par ordre d'importance sont : les pertes de production (18%), le travail supplémentaire (16%), les médicaments (10%) et le risque de réforme (12%).
Sur une exploitation moyenne de 60 vaches, cela peut représenter jusqu'à 6000 € de pertes par an.
Les mammites subcliniques : risque silencieux, contamination invisible.
À première vue, aucun symptôme visible sur la mamelle ou dans le lait…Et pourtant, la vache est bien infectée, et le taux cellulaire dans le lait augmente. Ce type de mammite passe souvent inaperçu, alors qu’il est le plus fréquent.
Le plus insidieux ? Les vaches infectées peuvent contaminer les autres à la traite sans que vous ne vous en rendiez compte, et faire grimper le taux cellulaire de tout le tank…avec des conséquences sur le prix du lait.
(©europe.pahc.com)
Le coût d'une mammite subclinique
Une mammite subclinique coûte en moyenne 148 € par cas. Elle représente 70 à 80% des cas de mammites dans un troupeau.
Les pertes de lait cumulées sont importantes, car les vaches infectées produisent 5 à 10% de lait en moins sur toute leur lactation.
Cette forme est la principale responsable des pertes économiques globales liées aux mammites sur l'année.
2. D'où viennent les mammites ? Mieux comprendre pour mieux prévenir.
Pour agir efficacement, il est essentiel de bien connaître l’origine des infections et adapter la prévention pour éviter les récidives.
Les bactéries responsables des mammites se répartissent en deux grands groupes, selon leur origine principale : interne (mamelle) ou externe (environnement).
LES MAMMITES CONTAGIEUSES (ORIGINE INTERNE)
Ces mammites sont dues à des bactéries qui vivent déjà dans la mamelle, chez une vache infectée. Le risque de transmission d’un animal à l’autre est particulièrement élevé au moment de la traite, via les manchons trayeurs, les mains ou les lingettes mal désinfectées.
Zoom sur Staphylococcus aureus : transmission, symptômes, résistance aux antibiotiques.
Staphylococcus aureus est le représentant typique des mammites contagieuses en élevage laitier. Ce germe, présent sur la peau des trayons, dans les lésions et surtout en profondeur dans le tissu mammaire, se transmet principalement par contact direct lors de la traite, notamment en cas de mauvaise hygiène (manipulation des trayons, matériel contaminé, mains souillées) (Kagira et al., 2023; Chagas et al., 2017).
Un double visage : subclinique et clinique sévère
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Mammites subcliniques : S. aureus élève progressivement le taux cellulaire du tank, réduisant la qualité du lait et la production sans signe visible.
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Formes cliniques graves : Il peut aussi provoquer des mammites gangréneuses, avec nécrose du tissu mammaire, fièvre, abattement et risque vital pour la vache (Gilbert et al., 2013; Günther et al., 2011).
Pourquoi est-il si difficile à éradiquer ?
- Résistance aux antibiotiques :
Les taux de guérison restent inférieurs à 60 %, même au tarissement, en raison de la formation de micro-abcès profonds inaccessibles aux traitements (Ramasamy et al., 2020).
- Facteurs de virulence :
L’infestation provoque la synthèse de composant pro-inflammatoire comme l’acide lipotéichoïque qui déclenche une réponse inflammatoire intense, aggravant les lésions mammaires (Thompson-Crispi et al., 2013).
Impact économique et enjeux sanitaires :
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Pertes financières : Baisse de production, coûts vétérinaires élevés, réforme précoce des vaches infectées (Gabadage et al., 2017). En moyenne une mammite chez la vache laitière va couter 250 € en prenant en compte les coûts directs et indirects.
LES MAMMITES D'ENVIRONNEMENT (ORIGINE EXTERNE)
Dans ce cas, la contamination vient de l’extérieur : litière, bouses, sols, eau souillée…
Un seul gramme de matière fécale peut contenir des millions de bactéries, capables de contaminer une mamelle si l’hygiène est insuffisante. Ces mammites surviennent souvent entre deux traites ou en période sèche.
Escherichia coli : contamination, symptômes, guérison.
Présente dans les bouses et l’environnement des étables, la bactérie Escherichia coli colonise facilement la peau des trayons en dehors des périodes de traite. La contamination de la mamelle survient généralement lors de la traite suivante, lorsque le canal du trayon est ouvert et vulnérable. Ce germe, responsable de mammites cliniques, peut provoquer des symptômes de gravité très variable :
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Certaines formes restent discrètes, sans fièvre ni signe général apparent.
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D’autres, plus sévères, s’accompagnent de fièvre élevée, d’abattement, d’une chute brutale de la production laitière, voire d’un risque vital pour la vache. Cette virulence est liée à la production des lipopolysaccharides (LPS) déclenchant une réaction inflammatoire intense dans la mamelle. (Thompson-Crispi et al., 2013)
Ces épisodes aigus apparaissent fréquemment en début de lactation, souvent après une contamination pendant la période sèche. Malgré leur gravité, le taux de guérison reste élevé (supérieur à 90 %), grâce à une réponse immunitaire généralement efficace de l’animal.
Pourquoi E. coli est-elle si redoutable ?
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Pathogène environnemental : Elle est omniprésente dans l’étable (bouses, litière, sol).
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Virulence élevée : Certaines souches, dites MPEC (Mammary Pathogenic E. coli) peuvent avoir des conséquences économiques majeures (baisse de production, coûts vétérinaires, réformes précoces) (Aslam et al., 2021).
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Résistance aux antibiotiques : Certaines souches développent des antibiorésistances, compliquant le traitement (Blum, S., et al. 2022).
Streptococcus uberis : double origine, défis de gestion.
Streptococcus uberis est un germe hybride, à la fois environnemental et contagieux. Certaines souches se développent dans les litières contaminées (réservoir environnemental), tandis que d’autres persistent dans les quartiers infectés (réservoir mammaire), compliquant sa gestion en élevage laitier. (Albuquerque et al., 2017).
Des mammites aux symptômes variables :
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Streptococcus uberis provoque des mammites cliniques dont la gravité peut varier : certaines formes sont bénignes, tandis que d’autres entraînent des symptômes sévères (fièvre, gonflement de la mamelle, baisse de production).
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Ces mammites peuvent être précédées d’une phase subclinique discrète, avec une hausse du taux cellulaire difficile à détecter lors des contrôles mensuels.
Un taux de guérison influencé par le traitement doit être adapté à la souche. Les échecs thérapeutiques sont souvent liés à une localisation profonde de la bactérie dans la glande mammaire, ce qui limite l’efficacité des antibiotiques.
Pourquoi est-il difficile à maîtriser ?
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Double origine : Contamination par l’environnement (litières, matériel de traite, pâturages) ET transmission directe entre vaches, notamment en cas de mauvaise hygiène pendant la traite (Cameron et al., 2016 ; Leelahapongsathon et al., 2020).
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Adaptabilité : Certaines souches de S. uberis sont capables de persister dans des environnements variés (fèces, litière) et d’infecter les mamelles lors des périodes critiques (tarissement, début de lactation).
| Critères | Mammites de traite | Mammites mixtes | Mammites d’environnement |
|---|---|---|---|
| Dominantes cliniques | Fréquemment subcliniques, peuvent évoluer en mammites cliniques | Formes cliniques et subcliniques | Fréquemment cliniques, avec formes aiguës, inflammation souvent importante du quartier |
| Bactéries impliquées | S. aureus ; S. uberis ; S. dysgalactiae ; S. agalactiae | S. uberis surtout (mais parfois association d’un germe contagieux et d’environnement) | E. coli, S. uberis, entérocoques |
| Sources | Réservoir animal : vaches infectées chroniques, lésions de trayons (gerçures, verrues, éversion) | Réservoir animal et extra-mammaire | Réservoir extra-mammaire = litières. Prolifération dans certaines conditions dans l’environnement |
| Transmission | Contamination du trayon et des quartiers durant la traite | Contamination du trayon pendant et entre les traites | Contamination du trayon entre les traites. Infection du quartier par capillarité, ou durant la traite si trayon mal préparé |
| Incidence | < 25 % par an | 25-50 % par an | > 50 % par an |
| Taux de guérison | < 50 % de guérison au tarissement | 50-70 % de guérison au tarissement | > 70 % de guérison au tarissement |
Évolution des mammites avec les nouveaux systèmes de traite (robotisation, hygiénisation)
La compréhension des pathogènes responsables des mammites reste essentielle pour adapter les stratégies de prévention. Toutefois, la répartition et l’impact de ces germes évoluent aujourd’hui avec la transformation des systèmes de production laitiers.
Les systèmes d’élevage connaissent en effet une profonde mutation : agrandissement des troupeaux, automatisation des tâches, robotisation de la traite et diminution du temps disponible pour l’observation individuelle des animaux. Ces évolutions modifient directement l’épidémiologie des mammites.
Les progrès réalisés en hygiène de traite, que ce soit en salle de traite ou en robot, ont permis une diminution marquée des mammites contagieuses. La désinfection systématique des trayons, l’entretien du matériel et une meilleure gestion des vaches infectées ont réduit la circulation de germes comme Staphylococcus aureus ou Streptococcus agalactiae.
Attention, cette amélioration s’accompagne d’un déplacement du risque vers les mammites d’origine environnementale, aujourd’hui majoritaires dans de nombreux élevages. L’augmentation de la taille des troupeaux et la densification des bâtiments accroissent la pression microbienne dans l’environnement des vaches, tandis que l’allongement du temps passé couché favorise l’exposition des trayons aux germes présents dans les litières.
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Les systèmes de traite robotisés accentuent cette tendance. Bien qu’ils améliorent la régularité de la traite et la collecte de données, ils modifient aussi le comportement des animaux :
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Multiplication des passages de traite augmente la fréquence d’ouverture du canal du trayon ;
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Recouchage rapide des vaches après la traite, avant fermeture complète du sphincter du trayon, facilite la contamination environnementale. (D’Anvers et al., 2023)
Les systèmes conventionnels ne sont pas épargnés : l’agrandissement des troupeaux, une densité animale élevée et certains déséquilibres alimentaires peuvent également affaiblir l’immunité ou retarder la fermeture du trayon, favorisant ainsi les infections d’origine environnementale.
Pour répondre à ces enjeux, une biosécurité renforcée, une gestion rigoureuse des litières et une surveillance active du taux cellulaire deviennent des leviers essentiels pour limiter les mammites, quelque soit le mode de traite.
Fréquence d'isolement des germes responsables de mammites dans des élevages de Galice (Nord de l'Espagne).
(Source : Mastitisvaccination.com)
Comme l’illustre le graphique ci-contre, les progrès réalisés en matière d’hygiène de traite (avant, pendant et après), ainsi qu’une gestion plus rigoureuse des vaches infectées ont permis une réduction significative des germes contagieux comme Staphylococcus aureus et Streptococcus agalactiae. Cette baisse, visible dans le graphique, confirme que les protocoles sanitaires renforcés : désinfection systématique des trayons, entretien méticuleux du matériel, isolement des animaux infectés ; portent leurs fruits.
En France, nous pouvons observer la même prévalence dans les germes responsables des mammites comme le montre le tableau ci-dessous :
| Bactérie | Prévalence en France (ANSES, 2023) | Source de l’infection | Type d’infection |
|---|---|---|---|
| Staphylococcus aureus | 11% |
Peau du pis, muqueuse des bovins, quartier infecté |
Principalement subclinique, formation de micro-abcès (complexe à traiter). 1ère cause de mammite gangréneuse. |
| Staphylcoques à coagulase négative | 7% | Peau des trayons et du pis | Peau des trayons et du pis |
| Streptococcus uberis | 30% |
Peau, muqueuses buccale et vaginale, litière de paille |
Clinique |
| Streptococcus agalactiae | 30% |
Peau du pis, quartier infecté, trayons craqués/gercés |
Principalement subclinique |
| Streptococcus dysgalactiae | 30% |
Peau des trayons, amygdales, quartier et pis infectés, environnement de la vache |
Subclinique |
| Escherichia coli | 28% |
Litière souillée, fumier, sol, pâturages, eaux stagnantes |
Clinique suraiguë sévère, infections fréquentes au tarissement, guérison spontanée fréquente (70-80%). Mammite gangréneuse parfois. |
| Klebsiella spp | 3% |
Sol, litière organique |
Clinique aigue et sévère. Mammite gangréneuse parfois. |
| Enterococcus spp. | 3% |
Tractus digestif, pis infecté, fumier |
Clinique et subclinique |
| Pseudomnas spp | 1.3% |
Etangs, lieux et matériels humides et sales, litières humides |
Clinique sévère, voire mortelle. Mammite gangréneuse parfois. |
| Trueperella pyogenes | 2% |
Vecteurs (mouches), matériel contaminé, peau et muqueuses |
Clinique aigue avec atteinte de l’état général, formation d’abcès. 1ère cause de mammite « d’été ». |
| Corynebactrium bovis | 1.2% | Pis et canaux des trayons infectés | Pis et canaux des trayons infectés |
En conclusion, ces données révèlent un paysage sanitaire en mutation, où la prévention des mammites doit évoluer en parallèle des systèmes de production.
Pour les éleveurs, comprendre ces tendances est essentiel pour :
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Anticiper les risques liés aux pathogènes environnementaux, désormais majoritaires.
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Cibler les actions prioritaires : hygiène renforcée, gestion des litières, et surveillance nutritionnelle.
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Optimiser la rentabilité de leur exploitation en limitant les pertes liées aux mammites (baisse de production, frais vétérinaires, pénalités sur le lait).
Une approche proactive, adaptée aux spécificités de chaque élevage, est la clé pour préserver la santé des troupeaux et garantir une production laitière de qualité.
3. Comptage cellulaire : un indicateur clé
Les mammites, qu’elles soient cliniques ou subcliniques, se traduisent par des modifications du profil leucocytaire du lait. En effet, les cellules somatiques, principalement des globules blancs (leucocytes), augmentent en réponse à une infection ou une inflammation de la mamelle. Leur taux dans le lait est donc un marqueur fiable de la santé mammaire du troupeau.
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Chez une vache saine, le taux cellulaire reste stable et bas (généralement < 200 000 cellules/ml).
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En cas de mammite subclinique, le taux s’élève de manière progressive ou fluctuante, sans signe visible, reflétant une infection silencieuse mais impactante.
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Lors d’une mammite clinique, on observe un pic cellulaire marqué, souvent supérieur à 400 000 cellules/ml, voire bien plus en cas d’infection sévère. Même après guérison, ce taux peut rester élevé pendant plusieurs semaines, en raison des séquelles inflammatoires.
Pour vous aider à interpréter ces variations et à agir en conséquence, voici un tableau récapitulatif des seuils de cellules somatiques et les actions recommandées pour préserver la santé du troupeau et la qualité du lait.
| Niveau de cellules somatiques | Interprétation | Actions recommandées |
|---|---|---|
| < 150 000 cellules/ml | Vache saine (primipare) ou quartier non infecté. | Maintenir les bonnes pratiques d’hygiène et de traite. |
| < 200 000 cellules/ml | Vache saine (multipare) ou troupeau en excellente santé mammaire. | Surveillance régulière pour éviter toute hausse. |
| 200 000–250 000 cellules/ml | Troupeau en bonne santé, mais à surveiller. | Vérifier l’hygiène de traite et l’alimentation. |
| 250 000–300 000 cellules/ml | Risque d’infection subclinique (pathogènes mineurs ou début d’infection majeure). | Renforcer la désinfection des trayons et analyser les causes (stress, alimentation, hygiène). |
| 300 000–400 000 cellules/ml | Infection probable par un pathogène majeur (Streptococcus uberis, E. coli). | Diagnostic bactériologique, traitement ciblé, et révision des protocoles d’hygiène. |
| > 400 000 cellules/ml | Infection avérée (mammite clinique ou subclinique sévère). | Intervention vétérinaire urgente, isolement des vaches infectées, et révision complète des pratiques (hygiène, alimentation, gestion des litières). |
| > 800 000 cellules/ml | Infection grave nécessitant une action immédiate. | Traitement antibiotique ciblé, réforme des animaux chroniques, et audit complet de l’élevage. |
4. Quels sont les facteurs favorisant les mammites ?
Si les mammites sont causées par des bactéries, certaines conditions d’élevage favorisent fortement leur apparition. Ces facteurs créent un environnement propice à la contamination, affaiblissent les défenses de la vache ou augmentent les risques mécaniques d’introduction des germes. Les connaître vous permettra de mieux cibler les actions de prévention.
Environnement : logement, humidité, gestion des litières.
Un logement sale, humide, mal ventilé est un véritable bouillon de culture bactérien. Les trayons en contact avec une litière souillée ou humide sont beaucoup plus exposés aux germes pathogènes.
Les zones de couchage mal entretenues ou mal paillées augmentent les risques de contamination pendant les phases de repos. Une mauvaise gestion des logettes peut aussi favoriser le couchage en dehors des zones prévues (caillebotis, allées), exposant encore plus la mamelle aux germes.
➡️ Un bâtiment mal ventilé augmente aussi l’humidité ambiante, rendant la litière plus difficile à maintenir sèche, surtout en hiver.
État de la mamelle : vulnérabilité des trayons, hygiène.
Les trayons abîmés sont une porte d’entrée idéale pour les germes. Gerçures, crevasses, verrues ou simples irritations augmentent fortement le risque de mammite, surtout si l’hygiène avant la traite est insuffisante.
Affection de l’extrémité du trayon – hyperkératose
Lésions cutanées - peau rêche et rugueuse
Lésions cutanées – blessures
Lésions cutanées – herpès
Même des trayons sains peuvent être à risque si :
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La peau est sale entre deux traites,
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Le séchage après nettoyage n’est pas complet,
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La désinfection post-traite est absente ou mal appliquée.
(Sources des photos : www.swissgenetics.ch)
Lésions cutanées – nécroses
Des travaux scientifiques montrent en effet que la méthode de nettoyage des trayons influence directement la quantité de bactéries transférées dans le lait. Un simple essuyage à sec permet seulement une réduction d’environ 45 à 50 % de la contamination bactérienne. À l’inverse, un nettoyage humide associé à une action mécanique et suivi d’un séchage efficace peut réduire la contamination de plus de 90 %, voire jusqu’à 96–98 % lorsque la procédure combine nettoyage humide et séchage soigneux avec un essuie propre (Magnusson et al., 2006).
Dans les troupeaux à mamelles sales, le simple nettoyage sans réelle action mécanique et désinfectante pour retirer les souillures est généralement insuffisant, nous vous conseillons d’utiliser les lavettes individuelles, ainsi qu’un produit adapté à vos besoins afin d’allier nettoyage chimique et mécanique.
Hygiène du matériel : entretien, désinfection, points critiques.
Un système de traite mal entretenu (salle de traite ou robot) devient très vite un véritable foyer bactérien : résidus de lait, salissures fécales, condensation, dépôts organiques…Ces conditions favorisent non seulement la contamination directe du lait, mais aussi la transmission de germes entre les vaches.
❔ LE SAVIEZ-VOUS ❔
Une étude menée dans des élevages laitiers commerciaux montre qu’un nettoyage et une désinfection réguliers et complets du matériel de traite sont associés à une amélioration de la qualité microbiologique du lait, soulignant l’importance de l’hygiène des équipements pour limiter la contamination bactérienne (Ózsvári & Ivanyos, 2022).
🔎Les points critiques à surveiller :
✅ Manchons usés ou encrassés : après environ 2 000 traites ou six mois d’utilisation, les manchons trayeurs perdent progressivement leurs propriétés mécaniques, notamment leur élasticité et leur capacité d’étanchéité, ce qui altère la qualité de la traite. Cette dégradation peut provoquer des glissements de faisceaux trayeurs, prolonger la durée de traite et accroître les contraintes mécaniques exercées sur les trayons. Plusieurs travaux montrent que des conditions de traite sous-optimales ou un matériel mal adapté favorisent l’apparition de lésions au niveau du trayon, perturbent les mécanismes de défense locaux et augmentent la sensibilité aux infections mammaires, se traduisant notamment par une élévation du comptage cellulaire chez les animaux subcliniquement infectés (Rønningen & Reitan, 1990 ; Tančin et al., 2007 ; Kaskous & Pfaffl, 2023 ; Wieland et al., 2020).
✅ Griffes non désinfectées entre les vaches : facilite la transmission de germes de mamelle à mamelle. Il est indispensable d’effectuer une désinfection rapide des griffes entre chaque vache à l’aide d’un produit adapté, tel que l'OXYGRIFFE, afin de limiter considérablement ce risque.
✅ Cycle de nettoyage incomplet : un bon protocole comprend un pré-rinçage, un lavage à chaud avec détergent, puis une désinfection finale. Si un nettoyage automatisé est utile, pensez à le vérifier régulièrement pour rester efficace.
✅ Pulsateurs, pression de vide, système de dépression : un réglage inadéquat augmente le stress sur les trayons et les risques de lésions.
Exemple d’un protocole après chaque traite :
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Prélavage : rincer la machine en circuit ouvert (5 min).
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A alterner avec une solution acide ACIDIA ou ACIDIA L ▶️ élimine le tartre et la pierre de lait : 1 fois / jour à 1 fois / semaine en fonction de la dureté de l’eau.
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Rinçage à l’eau froide en circuit ouvert.
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Purger l’installation.
🧐REGARD D'EXPERT
Certaines vaches sont plus susceptibles de développer des mammites en raison de leur âge, de leur stade de lactaction ou de leur système immunitaire. Les vaches en début de lactation et les vaches plus âgées sont plus à risque. Par exemple, les vaches ayant plus de trois lactations ont un risque significativement accru.
👉 Nous conseillons de booster l'immunité en préparation vêlage avec une cure de VITAPRO SELENE II 3 semaines avant le vêlage.
Nutrition : déséquilibres alimentaires, impact sur l’immunité.
L’alimentation joue un rôle clé dans la résistance des animaux aux infections, notamment celles de la mamelle. Une ration déséquilibrée ou mal adaptée à la période physiologique peut affaiblir l’animal, perturber ses défenses et favoriser la survenue de mammites.
| Événement | Conséquences | Impact sur le risque de mammite |
|---|---|---|
| Acidose / Alcalose | Diarrhées, maladies virales du trayon, baisse de l’immunité | Contamination accrue du milieu, sensibilité aux infections |
| Déficit azoté | Perturbation des synthèses protéiques | Sensibilité accrue aux infections |
| Syndrome de la vache grasse / cétose | Amaigrissement, hypoglycémie, corps cétoniques élevés, stéatose hépatique, relâchement musculaire | Sphincter du trayon moins tonique, entrée facilitée des germes |
| Excès énergétiques | Œdèmes mammaires en début de lactation | Fragilisation des tissus mammaires |
| Transitions alimentaires brutales ou absentes | Diarrhées, amaigrissement | Contamination fécale accrue, fragilité immunitaire |
| Carences en nutriments (magnésium, sélénium…) | Fermeture du sphincter pas intégrale ou plus lente | Sphincter du trayon moins tonique, entrée facilitée des germes |
🔎 Zoom sur le début de lactation :
Un état d’engraissement trop élevé avant le vêlage, souvent lié à un excès énergétique pendant le tarissement, provoque une baisse d’ingestion en post-partum. Cela entraîne un déficit énergétique, favorisant les œdèmes mammaires et les mammites cliniques précoces.
5. Coûts des mammites : un impact économique majeur
On estime qu’en France, 40 % des vaches sont touchées par des mammites au cours de leur carrière. Résultat : baisse de production, qualité de lait altérée, soins chronophages…
IMPACTS ÉCONOMIQUES LIÉS AUX MAMMITES :
Comptez en moyenne 230 à 250 € / vache / an, soit environ 32 € / 1000 L !
• 120 € de coût direct : baisse de production (70%), réformes subites (13%), lait écarté (11%) et frais vétérinaires (5%)
• 130 € de coût indirect : pénalités sur la paie de lait (taux cellulaire dépassé) et les pertes de temps lors de la traite, le temps perdu pour les soins estimé à 4h par mammite jusqu’à la guérison.
(Source : www.gdshautsdefrance.fr)